COUP DE CHAPEAU AUX PRODUCTEURS LOCAUX

par Sophie Cattoire

Yvonne et Éric Castang sont présents sur le marché du Bugue chaque mardi et samedi matin
Photo copyright : Sophie Cattoire
Yvonne et Éric Castang sont présents sur le marché du Bugue chaque mardi et samedi matin
Photo copyright : Sophie Cattoire

Si l'on s'éloigne au moment de s'embrasser, ce qui je l'avoue me coûte en présence de mes congénères préférés, il y a un toutefois un phénomène vraiment réconfortant qui émerge de la crise sanitaire que nous traversons. Fuyant les foules par sage précaution, nous avons redécouvert sur le plan alimentaire, nos producteurs locaux. Les maisons paysannes à taille humaine ont renforcé leur succès naissant et aller directement chez les producteurs ou se faire livrer en circuit court est redevenu un réflexe naturel. Ainsi nos producteurs locaux ont-ils pu relever la tête, sans intermédiaire pour les plumer.

Nous avions débuté l'aventure de notre site d’information : www.albuga.info, expression d'un journalisme indépendant utilisant tout le potentiel multimédia du web - articles de fond, liens hypertextes, photos et vidéos à volonté - le 21 juin 2006, jour de l'été, avec à la Une un hommage à l'une de ces familles qui nous nourrit grâces de ses productions maraîchères exemplaires.

La famille Castang dont le fils, Éric, figure comme l'un des pionniers de la Lutte Biologique Intégrée. Qu'est-ce que c'est au juste ? L'observation et la reproduction des cycles naturels proies/prédateurs chez les insectes pour éviter toute introduction de pesticides dans une exploitation.

Nous vous proposons de redécouvrir cette adorable famille, les parents Jules et Yvonne, le fils Éric et donc leurs auxiliaires de culture miniatures dans les sept reportages photo et vidéo et l'article de fond que nous leur avions consacré, avec notamment le grand classique « LES LARVES AU BOULOT » et l'intervention parfaitement spontanée au détour d'une serre où il choisissait ses tomates de l'ex-directeur des Services Vétérinaires de la Dordogne, Jean-René Lasserre, totalement dépité par ce qu'on nous fait généralement avaler.

Merci à tous ces producteurs qui ont fui l'agriculture dite « conventionnelle » et qui sont revenus à la raison. Ce sont eux qui sont porteurs d'avenir pour la vie, la Terre et nos enfants. Nous contribuerons à les soutenir avec admiration et affection et serons heureux de pouvoir les embrasser de tout cœur très bientôt.

Yvonne Castang a toujours eu l'intuition que la nature pouvait faire mieux que la chimie

RÉVOLUTION CULTURALE À MAUZENS MIREMONT

Utiliser les insectes comme insecticide, choisir les bons pour éliminer les mauvais, c’est la grande idée 100% naturelle de la PBI, protection biologique intégrée, terme encore méconnu qui ouvre pourtant pour les cultures une alternative au tout chimique garantissant santé et productivité. Avec en prime pour le maraîcher le plaisir d’observer comme la nature fait bien les choses quand on entre dans son cycle sans vouloir à tout prix la contrarier.

Jules Castang s'est toujours méfié des traitements chimiques et leur préfère largement les insectes

UNE CULTURE ÉCOLOGIQUE D’AVANT-GARDE

La famille Castang est implantée à Mauzens Miremont depuis trois générations. Le grand-père Henri avait hérité de l’oncle François Beaucornu ces belles terres où se rejoignent les eaux du Grand Font et celles du Brungidou, atout vital pour le maraîchage. Autrefois l’eau ne courait guère partout. C’est l’Henri qui initia la culture des légumes ici en 1945. Son fils, Étienne, né le 11 août 1934, appelé Jules en souvenir du fils de l’oncle mort à la guerre de 14-18, commença à travailler sur l’exploitation dès l’âge de 13 ans. En 1960 il épousa, à Saint-Cernin de Reilhac où elle vivait alors, Yvonne Courteville née le 14 décembre 1940 au Château de Malbec à Fleurac où ses parents étaient domestiques. L’exploitation est aujourd’hui au nom de leur fils Éric Castang, né le 28 septembre 1961, qui reste le seul maraîcher du canton du Bugue. Il est vrai que c’est un métier harassant. Il faut assurer au fil des saisons tout le cycle depuis la production du plant jusqu’à la vente directe. En plein été, entre les marchés du Bugue et de La Douze, la livraison des restaurants et des centres de vacances, la vente sur place et la comptabilité, les nuits sont très courtes. Mais Éric fait son métier avec passion, en développant en pionnier une méthode 100% naturelle.

La nature a prévu pour chaque insecte ravageur un prédateur. Reste à le connaître et à l'inviter

POLLINISATION PAR LES BOURDONS

Yvonne Castang est fascinée par les fleurs. Elle en fait pousser plus de mille espèces et compose pour les marchés du Bugue, les mardi et samedi, des bouquets champêtres aux coloris des plus raffinés. Observatrice de la nature avertie, elle a toujours penser qu’il devait y avoir un moyen d’éviter les produits chimiques tout en favorisant les cultures. C’est aussi l’intuition qu’eut un vétérinaire belge, le docteur Roland de Jonghe. Dans les années 80, il eut l’idée géniale d’introduire des bourdons dans les serres pour assurer la pollinisation des tomates. Car si celle-ci se passe naturellement à l’air libre, sous serre, pour optimiser les productions, les maraîchers en étaient venus à vibrer eux-mêmes à la main chaque fleur de tomate tous les trois jours pendant quatre mois, la période de floraison. Un travail fastidieux doublé d’un coût de main-d’œuvre énorme. L’arrivée des ruches de bourdons dans les serres fut un grand soulagement. Ils assurent depuis, partout dans le monde et sur chaque fleur de tomate, la rencontre du pollen mâle et du pistil femelle avec entrain et efficacité

Le point de vue expert de Jean-René Lasserre, ancien Directeur des Services Vétérinaires de la Dordogne

LA PROTECTION BIOLOGIQUE INTÉGRÉE

C’est ainsi que naquit le principe de l’utilisation des insectes dans les cultures, pour féconder les plants mais aussi pour éliminer d’autres insectes intrus. Identifier les ravageurs et introduire leurs prédateurs naturels, c’est le principe écologique (l’écologie étant la science qui étudie les relations des êtres vivants avec leur environnement) de ce qu’on appelle : la protection biologique intégrée. L'intégration de ces minuscules jardiniers pouvant s'effectuer dans le respect des écosystèmes présents permet d’éviter quantité d’insecticides nettement moins ciblés, ceux-ci ayant révélé leurs effets nocifs sur la terre, l’eau, l’air et par conséquent sur la santé. À Mauzens Miremont, Éric Castang a opté pour cette approche naturelle depuis 2003 et constate avec le recul que cela fonctionne admirablement bien. Plus besoin de traitements pénibles, avec masque de protection et à répétition dans une vaine surenchère. Juste un couvain de bourdons pour la fécondation et des larves de coccinelles pour dévorer les pucerons, et le tour est joué.

Pour le bien-être de tous Eric Castang, maraîcher, a opté pour la Lutte Biologique Intégrée

SANTÉ ET PRODUCTIVITÉ RÉCONCILIÉE

Éric Castang n’emploie plus aucun insecticide sur son exploitation. Il continue de nourrir ses sols avec du fumier de bovin vieux de deux ans. Il utilise encore un peu de désherbant de manière préventive sur les allées où ronces et orties constituent des refuges pour les insectes ravageurs. Grâce à sa connaissance des cycles naturels proies/prédateurs dans l'univers foisonnant des insectes, il définit chaque printemps un programme d’introduction d’espèces adaptées à ses besoins et en retour comptabilise en fin de saison des gains de productivité conséquents : plus 20% sur les tomates dès 2005, par exemple. De plus il est parvenu dès les deux premières années, entre 2003 et 2005, à assainir son exploitation où dorénavant fruits et légumes peuvent être mangés sur pieds, sans nul besoin de les laver. Enfin Éric Castang apprécie cette nouvelle approche car elle est fondée sur moins d’heures de traitement mais plus d’observation et de proximité avec le vivant. Le plaisir est là qui ne gâche rien. La lutte biologique intégrée est aujourd’hui une alternative pragmatique au tout chimique. Pour un coût similaire, elle garantit de meilleurs résultats et pour la santé et pour la productivité des cultures. Une véritable révolution culturale est en marche.

Sophie Cattoire

Sous le viaduc de Mauzens Miremont est implantée la famille Castang depuis trois générations
Sous le viaduc de Mauzens Miremont est implantée la famille Castang depuis trois générations
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